Les 12 et 13 octobre 2017 ont vu se tenir, dans la continuité de la conférence « Manuscript ID » d’Avril 2017, le colloque CENSUS à l’occasion des 80 ans de l’IRHT. L’occasion d’explorer et d’échanger sur les pratiques actuelles et les problèmes rencontrés par les chercheurs et les institutions dans le développement d’outils numériques autour des manuscrits à cataloguer, recenser ou analyser. (Voir programme et comptes rendus par M. Cassin ici et ).

En ce qui concerne le projet scientifique ANR MBH, ce dernier partage de nombreuses problématiques soulevées par les interventions de ce colloque: par son approche thématique (manuscrit portant du texte biblique), il doit développer un outil d’analyse à la croisée entre différentes base de données existantes, par exemple, avec la base de manuscrits datés Sfardata et la base de fragments Books within Books. Ces outils généralistes répertorient ou décrivent dans des granularités différentes tous types de manuscrits hébreux (datés pour Sfardata et non-datés pour BWB) et ne sont pas interopérables entre eux.

Le projet ANR MBH développe actuellement une base de données qui est pensée comme un outil d’analyse transversal et collaboratif sur les manuscrits bibliques hébraïques médiévaux.[1] Davantage centrée sur la relation entre le texte et sa matérialisation (forme et fonctions du Livre-Objet) que sur une perspective éditoriale bien qu’elle ne la rende pas impossible, la base d’analyse de données MBH doit permettre de compiler puis d’analyser les caractéristiques codicologiques, paléographiques, les traditions scribales et historiques des manuscrits médiévaux portant du texte biblique hébraïque, datés ou non, complets ou fragmentaires, produits en Angleterre, France du Nord, Allemagne et Italie du Nord avant 1300. Les bibles produites dans ces régions ont été plus souvent négligées que d’autres, en particulier parce que jugées « moins bonnes » sur le plan philologique que celles du monde séfarade espagnol. Les informations compilées dans la base d’analyse MBH proviennent, à l’instar du projet sur les manuscrits syriaques e-ktobe, de sources secondaires jugées fiables (par exemple articles, monographies, base de données existantes) mais également d’étude directe en bibliothèque des manuscrits. Faut-il le rappeler: la grande majorité des bibles hébraïques médiévales actuellement conservées sont non datées.

Le but du projet MBH est de rassembler des données fiables ou d’en produire sur des manuscrits qui n’ont jamais été décrits pour mettre en relation de façon systématique toutes les données et obtenir 1) une image affinée de ce qu’était probablement la Bible au XIIe et XIIIe siècle en Europe occidentale, 2) une typologie des manuscrits bibliques produits à cette période et 3) comment ces manuscrits étaient utilisés, qu’elle était leurs fonctions et rôles culturels, réels ou symboliques. Le défi à relever est fondamental, à la fois pour une connaissance enfin approfondie du phénomène de la « Bible hébraïque » en Europe Occidentale au Moyen Âge que pour le développement d’études sur le rôle actif qu’ont pu jouer les manuscrits hébreux sur la forme de la bible latine médiévale. Rappelons, à cet effet, les travaux de P. Saenger[2] et les remarques critiques de Morard[3]à cet égard qui rappellent l’importance fondamentale qu’ont joué les manuscrits hébreux dans ces contextes et appellent, à leur façon, à une étude systématique des bibles hébraïques médiévales.

Élodie Attia

[1] Javier del Barco, porteur du projet LEGARAD au CSIC, Madrid, sera en résidence à l’IMéRa en 2018 et la collaboration avec le projet MBH sera riche. Un projet d’intéropérabilité est à l’étude avec le projet Textual History of the Bible (Armin Lange) concernant les Bibles hébraïques médiévales. D’autres collaborations sont possibles et envisagées.

[2] Je remercie ma collègue Chiara Ruzzier de m’avoir orienter sur ces travaux. Paul Saenger, “The Anglo-Hebraic Origins of the Modern Chapter Division of the Latin Bible,” in La fractura historiográfica: las investigaciones de Edad Media y Renacimiento desde el tercer milenio, ed. Francisco Javier Burguillo and Laura Mier (Salamanca, Espagne: Seminario de Estudios Medievales y Renacentistas/Sociedad de Estudios Medievales y Renacentistas, 2008), 177–202; Paul Saenger, “Jewish Liturgical Divisions of the Torah and the English Chapter Divisions of the Vulgate Attributed to Stephen Langton,” in Pesher Nahum: Texts and Studies in Jewish History and Literature from Antiquity to the Middle Ages Presented to Norman Golb, ed. J. L. Kraemer and M. Wechsler, Studies in Ancient Oriental Civilization 66 (Chicago, 2012 (Chicago, 2012); Paul Saenger, “The Twelfth-Century Reception of Oriental Languages and the Graphic Mise En Page of Latin Vulgate Bibles Copied in England,” in Form and Function in the Late Medieval Bible, ed. Eyal Poleg and Laura Light, vol. volume 4, The Manuscript World (Boston: Brill, 2013), 31–66.

[3] Martin Morard, “Paris : « Étienne Langton (†1228) Prédicateur, Bibliste et Théologien »,” Bulletin de Philosophie Médiévale 49 (January 1, 2007): 256–71, https://doi.org/10.1484/J.BPM.2.305774.

 

Source : https://mbh.hypotheses.org/737